Le projet de société de Nicolas Sarkozy a le mérite d’être clair : il s’agit d’une société à l’anglo-saxonne, qui récompense le travail, l’effort, l’initiative individuelle, et s’efforce de permettre à ceux qui s’en donnent la peine de réussir. Dans un contexte international où la France se distingue par son chômage tandis que ces pays anglo-saxons attirent talents et jeunes du monde entier, ce modèle dynamique a de quoi séduire. Pour autant, en admettant qu’il permettrait sans doute de relancer un ascenseur social en panne dans notre pays, il est aussi générateur de fortes inégalités, tous n’ayant pas les possibilités ou l’esprit nécessaire pour réussir dans un système aussi compétitif. Cela explique sans doute le ton plus consensuel du patron de l’UMP depuis quelques semaines.

Aussi clair est le projet de société de François Bayrou. Celui-ci est d’inspiration sociale-démocrate nord-européenne, qui allie liberté d’entreprendre et forte redistribution sociale. Ceci exclut toute baisse générale d’impôt, favorise les accords de consensus, et oriente le rôle de l’État vers celui de régulateur au niveau économique mais d’acteur au niveau social. Ce projet est complété par une exigence forte d’intégrité de l’État, et une demande pour plus d’Europe afin de rester influent au niveau mondial.

Chez Jean-Marie Le Pen, le projet de société est un peu moins défini, mais ressemble dans ses grandes lignes au modèle nationaliste espagnol sous Franco. Dans ce modèle, le rôle de l’État n’est pas d’intervenir économiquement, mais d’assurer le maintien de valeurs morales dans la société. Il allie donc libéralisme économique intérieur et protectionnisme à l’égard de toute influence extérieure considérée comme néfaste, ainsi qu’un fort interventionnisme idéologique.

Enfin, il n’existe pas vraiment de projet de société chez Ségolène Royal. Tiraillée entre les différents courants du PS et ses propres valeurs, et surtout guidée par une méthode qui consiste à répondre aux attentes immédiates, et parfois contradictoires, de ses électeurs, Ségolène Royal ne peut définir de projet de société qui l’enfermerait dans un certain nombre de contraintes. Elle emprunte donc au gré des évènements des exemples et références multiples qui peinent à former un ensemble cohérent.

Finalement, ça me conforte dans mon choix de candidat.