Les trois façons de voter

Dans l'idéal, hors choix d'un candidat ou parti en lice, il existe trois votes possibles : l'abstention, le vote nul, le vote blanc. Autant le premier terme est clair, autant la distinction entre les deux derniers peut être moins facile:

  • abstention : c'est tout simplement l'absence de vote : l'électeur a préféré passer son week-end au soleil ou à la pêche, ou bien a fait la grasse matinée jusqu'à la fermeture des bureaux de vote.
  • vote nul : il s'agit de mettre dans l'enveloppe soit un bulletin invalide (raturé, modifié, un bout de papier qui n'est pas un bulletin officiel, etc.), soit autre chose qu'un bulletin (un trombone, un chèque, une vache, etc.).
  • vote blanc : il s'agit de ne rien mettre dans l'enveloppe.

Officiellement, un pour tous, et tous pour un

Comment sont calculés les résultats d'une élection ? Les candidats se voient attribuer un pourcentage des voix exprimés, et non pas des bulletins présents dans l'urne, ou bien des électeurs inscrits sur les listes électorales.
Qu'est-ce qu'une voix exprimée ? Tout vote qui n'est ni nul, ni blanc.

Concrètement. Soit deux candidats (Pierre et Paul), et 100 personnes inscrites sur les listes électorales. 90 personnes vont voter. Sur ces 90 votes, il y a 10 votes nuls, 15 blancs, 35 pour Pierre et 30 pour Paul. On considère qu'il y a donc 65 voix exprimées, dont 54% pour Pierre et 46% pour Paul. Sauf que techniquement, un vote nul et un vote blanc n'ont pas la même signification.

Vote nul ? Vote blanc ?

Que l'on considère qu'une abstention n'est pas une voix exprimée, cela semble logique, et l'est. Que l'on considère qu'un vote nul n'est pas une voix exprimée, cela peut aussi sembler logique.
En revanche, un vote blanc est une expression. Il signifie que l'électeur ne veut ni l'un ni l'autre des choix proposés : aucun des choix ne me convient, donc je ne mets rien dans l'enveloppe, et au lieu de rester chez moi à ne pas voter, j'exprime ce désaccord. Sauf qu'actuellement, le vote blanc est considéré comme un vote invalide : tu votes blanc ou noir, le gris n'existe pas. Autant pour un référendum, on est d'accord ou pas avec la question posée, et le choix est simple (« oui » ou « non »), autant dans une élection nominative on peut ne vouloir ni de l'un ni de l'autre. Et actuellement il n'y a aucun moyen de l'exprimer. Alors dans ce cas, autant ne pas aller voter. Cette absence de reconnaissance du vote blanc peut être une raison des forts taux d'abstention à certaines élections.

Pour une reconnaissance du vote blanc.

L'idéal serait donc de reconnaitre le vote blanc, et de le compter dans les résultats. Ce vote blanc pourrait permettre de légitimer une élection. Par exemple, on pourrait déclarer comme non valable une élection ayant plus de 30% de votes blancs (chiffre pris au hasard). De plus, il pourrait éviter que le candidat d'une élection se sente soutenu par une partie des électeurs qui auront voté pour lui uniquement parce que c'est le "moins pire" des choix, et non par parce que ces mêmes électeurs veulent vraiment de lui. Dans le cas du second tour de l'élection présidentielle de 2002, si le vote blanc avait été légitimé, aurait-on vraiment eu plus de 80% de votes pour Jacques Chirac ? Je me permets d'en douter.